Tarare -résidence-

Le collectif Blick a réalisé un travail photographique sur le territoire de Tarare de 2013 à 2015.

Dans le cadre de cette résidence artistique de deux ans et dans le but d’alimenter leurs recherches, les photographes ont animé deux ateliers photographiques impliquant les habitants de Tarare dans un projet participatif questionnant l’histoire singulière de ce territoire, et notamment son passé industriel.

Cette création fut l’occasion de questionner la mémoire de Tarare, son histoire, ses enjeux, la réalité de ce territoire et d’en inventer un futur.

L’histoire de la ville de Tarare est liée à son industrie textile (la mousseline, le voile). La ville doit son expansion à sa position de voie de communication et à son eau douce jaillie des montagnes granitiques (la Turdine).
A partir des années 1970, l’industrie textile vit des moments difficiles. Une diversification économique est engagée tardivement. Tarare cherche une forme de renouveau avec l’installation de la plus grande micro-brasserie de la région Rhône-Alpes, attirée par les avantages de la proximité de la Turdine et l’arrivée en janvier 2013 de l’autoroute A89. Dans l’attente d’une reconversion par l’eau et la communication, l’histoire de Tarare semble s’être arrêtée.

Cet entre-deux constitue un terrain idéal pour un projet créatif. Il apparaît essentiel que des anciens témoignent dans ces interstices de la mémoire, qu’ils transmettent cette histoire à la nouvelle génération. La création photographique devient alors l’occasion de rencontres, d’échanges et de construction d’un objet commun.

Chaque membre du collectif a proposé un travail différent :

Amandine Bailly « Bel Air »

Bel Air c’est le nom d’une des collines qui dominent la ville de Tarare. C’est aussi le nom de la chapelle qui se dresse à son sommet. Sa construction se prévaut d’une légende mystique. Partant du centre ville, un chemin de croix y mène. Bel Air c’est encore le nom de l’ancienne usine textile installée à son flanc. Ces photographies évoquent une promenade autour de ces symboles porteurs de l’histoire de la ville de Tarare, de ses mystères, de ses fantômes.

Malika Mihoubi « Sans usine et sans ouvriers? »

« Comment une ville conjugue-t-elle passé industriel et développement? Ouvrier du textile, ouvrier à Tarare comment, ce « groupe » peut-il créer une nouvelle identité collective positive? A quoi ressemblerait le monde contemporain en France sans usine et sans ouvriers? Des axes se croisent; que veut dire être ouvrier aujourd’hui? Où se trouve son territoire, son habitat,son identité? Qu’en est-il des traces laissées par les femmes, les hommes qui ont travaillé là?
Dans ce travail, j’aimerais faire glisser le regard vers l’envie, le désir, la lutte, pas pour s’auto-survivre mais vouloir vivre l’après, la solidarité et l’entraide. »
Malika Mihoubi

Damien Brailly « A l’Est des sauvages »

Damien Brailly est retourné à l’Est des Sauvages, territoire où il a grandi, pour questionner cet espace, ni urbain, ni rural, à 40 kilomètres au nord-ouest de Lyon. Il a tenté alors de comprendre la réalité géographique et sociale de se territoire.
Il a opéré à l’aide d’une chambre photographique, ce qui l’a inscrit davantage dans la composition que dans la visée. Le temps de la prise de vue, l’immersion dans les lieux, la réflexion voire la méditation de son sujet parviennent à convertir l’anecdote apparente en une scène de genre contemporaine. Les jeunes photographiés ont accepté de poser ou à l’inverse, décident d’ignorer ce dispositif, planté, là. Le réel perçu prend alors une part de théâtralité.
Damien interroge notre rapport au réel et à la représentation, brouille les pistes entre la campagne et la ville et suggère un nouveau territoire hors du commun. Ce travail s’apparente à une forme d’archéologie poétique.

Loïc Xavier « La Traversée »

« Que signifie connaître une ville, connaître un quartier ou un lieu lorsque ce même lieu ne devient qu’une ville étape sur un parcours ? Ayant traversé plus de 400 fois la ville de Tarare j’ai toujours prétendu la connaître et pourtant je ne savais rien de son histoire, de ses quartiers et même de ses habitants.
Avec l’achèvement de l’autoroute il n’est plus utile de traverser Tarare. Moins qu’une ville étape, Tarare ne fait plus maintenant partie de mon parcours. Que reste-t-il et que restera-t-il des villes à l’image de Tarare, de toutes ces villes étapes maintenant contournées par des nouveaux axes routiers ? » 
Loïc Xavier

Chloé Colin « Eau douce »

La ville de Tarare entretient historiquement des liens étroits avec l’eau. En effet, la commune rassemble de nombreux ruisseaux en plus de sa rivière principale ; la Turdine. L’industrie textile s’est développée grâce à cette configuration qui garantissait un apport suffisant pour les différentes opérations de traitement. Les bâtiments industriels se sont donc concentrés à proximité des rivières.
Dans la continuité de son travail sur la mémoire, Chloé Colin a proposé d’interroger l’histoire de Tarare et de ses habitants par le prisme de l’eau douce dans un travail vidéo mêlant images fixes de la Turdine, d’intérieurs de Tarariens, de portraits en noir et blanc et des plans filmés (témoignages, plans fixes de Tarare).

Ces travaux furent exposés dans des anciennes industries textiles, aux Teintureries de la Turdine à Tarare et à l’éco-musée du Haut Beaujolais de Thizy-les-Bourgs.