Ceci n’est pas un selfie

L’adolescence, quelle drôle de période ! Elle est difficile à définir tant elle est vécue différemment par chacun. Les principaux intéressés n’ont eux-mêmes pas vraiment conscience de la période qu’ils sont en train de traverser et des changements qui s’opèrent aussi bien dans leur corps que dans leur esprit. Considérée comme une phase de doute, certains jeunes vivent l’adolescence avec un aplomb et une confiance parfois déconcertante. Qui peut prétendre connaître et présenter un adolescent dans toutes ses dimensions ? Ce serait prétentieux de vouloir le faire. En revanche, il est peut-être possible d’identifier certains codes selon les époques : vocabulaire, mode vestimentaire, modèles de référence, moyens de communication etc. Si les adolescents nés dans les années 1980 communiquaient davantage avec des « tatoos », des  « tamtams » et des « minitels », il apparaît incontestable que pour la génération née dans les années 2000, les réseaux sociaux ont pris le dessus.

En raison de la généralisation des téléphones portables et d’internet, les réseaux sociaux occupent une place centrale dans la vie des adolescents, comme dans celle de leurs parents. Une fois ce constat posé, il apparaît intéressant de se questionner sur l’impact que les réseaux sociaux peuvent avoir sur notre vie et surtout sur l’image qu’ils renvoient de nous-mêmes.  Narcisse, jeune adulte, autrement dit adolescent, a dû, dans sa quête de connaissance et d’épanouissement du Soi, nourrir son égo jusqu’à la mort. On retient surtout de cette histoire le reflet, image semblant être vraie, devant lequel Narcisse ne pouvait décrocher son regard. Alors naturellement, en 2020, Narcisse utilise son téléphone portable. Le reflet sera manipulé avec aisance jusqu’à nourrir son égo et séduire les autres. Les effets permettront de transformer le banal en sublime et les portraits rapprochés paraîtront montrer qui nous sommes sans vraiment se dévoiler.

Voilà ce que les photographes Chloé Colin et Loïc Xavier, de l’association Blick Photographie, ont souhaité aborder en photographie. Ceci n’est pas un selfie est bien sûr un clin d’œil direct aux réseaux sociaux et à l’adolescence, mais pas seulement. Depuis six ans, les photographes interviennent régulièrement en milieu scolaire, et particulièrement auprès de jeunes entre 13 et 20 ans. Contrairement à la pratique du selfie, dans l’approche du portrait photographique,  les adolescents ne maîtrisent plus l’ensemble de l’image et de son traitement (composition, cadrage, filtre etc). En acceptant de se faire photographier par Chloé Colin et Loïc Xavier, les jeunes acceptent d’abandonner certains codes préétablis liés à leur génération et à la communication sur les réseaux sociaux.

Les deux photographes ont abordé cette résidence à travers trois différentes et complémentaires :

En collaboration avec JR, les enseignants et les élèves du lycée, ils ont réalisé des portraits simples posés en noir et blancs.

Ils ont également construit avec les lycéens des mises en scène simples dans l’établissement, les jeunes rejouant des scènes du quotidien en intégrant leurs propres codes. Les photographes ont proposé aux élèves d’utiliser des flashs colorés en référence aux filtres  utilisés dans les réseaux sociaux en postproduction. Ces photographies mettent en exergue les corps, la maîtrise de soi et la surface des choses. En effet, les effets de coloration renforcent le mensonge et la manipulation de l’image. Elles questionnent la part d’identité réelle que chacun laisse à voir sur les réseaux sociaux.

Enfin, Ils ont photographié de manière spontanée, sans aucune préparation du modèle, des détails,  des accessoires, des postures faisant référence à la fois aux « snapshots », instantanés photographiques et à « snapchat »

Les photographies colorées sont exposées en grand format sur les vitres du lycée pour faire référence à l’enseigne publicitaire et aux faux semblants. Un mur de photographies prises sur le vif tente de proposer une vision instantanée des codes et cultures des jeunes en 2020. Enfin, les grands portraits présentés sur des bâches permettent de mettre en avant la diversité des élèves.

Sans chercher à donner une définition exhaustive, puisque celle-ci est impossible, Ceci n’est pas un selfie est donc un échantillon de ce que peut être l’adolescent.

Remerciements

Ce projet n’aurait jamais pris une telle ampleur sans l’aide d’Emilie Dantonel, professeur d’arts appliqués, du corps enseignant, du proviseur M. Mabillon, des CPE, des surveillants et de toutes les personnes travaillant dans l’établissement Louise Michel.

L’expérience n’aurait pu être aussi riche sans l’implication active de nombreux élèves, internes comme externes du lycée.

Enfin, ce projet n’aurait pu voir le jour sans le soutien financier de la DAAC, de la DRAC, de la REGION Auvergne-Rhône-Alpes et du lycée Louise Michel.

 

Ce projet a été mis en place en relation avec la structure BLICK PHOTOGRAPHIE : www.blickphotographie.fr